les-belges-reconnaissants-copie-1Le contraire d’une vérité banale, c’est une erreur stupide. Le contraire d’une vérité profonde, c’est une autre vérité profonde. Niels BOHR

Castellac était un village apparemment tranquille jusqu’au jour où son maire est retrouvé raide mort dans la garrigue. Pénélope Cissé, officier de police du commissariat de Sète, va devoir fouiller dans le passé trouble du village pour retrouver l’assassin de Monsieur le Maire. Elle va être confrontée à quelques habitants pittoresques mais pas toujours très coopérants, protégeant leurs petits secrets et peu amènes à l’égard de ces étrangers, les nouveaux habitants venus du nord, ou de cette flic africaine qui fouille dans leurs histoires.

Le lecteur reconnaissant ! D’avoir été emmené dans ce récit aux multiples rebondissements. Intrigue policière, mais étude de mœurs, on est chez Pagnol, celui de Jean de Florette et de Manon des sources, celui qui savait si bien conter l’appât du gain, la détestation de l’étranger, le crime dans la garrigue. Et bien Martine Nougué fait elle aussi cela très bien, sur fond d’une enquête policière nous en apprenons beaucoup sur les rouages de la construction d’un empire,  rural, mais un empire à l’échelle de cette communauté , et comme tout le monde le sait un empire s’établit le plus souvent sur la cendre et le crime.

L’auteure a cette qualité d’écriture qui fait que je me suis trouvé immergé en plein cœur de la Provence, j’avais tout, les odeurs et les bruits, les trognes d’alcoolos de certains habitants et le goût du vin. Pour moi qui suis un amoureux de la Provence je ne pouvais rêver mieux. Dans ce roman les secrets pèsent des tonnes et forment comme un halo palpable, la honte enfouie dans chacun.

Les personnages sont multiples, premier, deuxième, troisième plan. Tous les gens qui passent ont une épaisseur. Mais les personnages principaux sont tous marqués d’une caractéristique, à commencer par Pénélope Cissé, d’origine africaine, grande gueule, et rebelle à l’autorité, doté d’un humour décapant (il faut revenir sur le passage où elle convint son assistant qu’elle peut résoudre l’affaire en jetant des petits cailloux à la manière des griots africains).

Anita Galliéni, une femme forte et pourtant accablé par un lourd secret, mais debout comme la vigie d’un bateau au milieu de la tempête, une tempête qu’elle traverse depuis des années, toujours droite.

Martine Nougué est une femme qui écrit pour les femmes et sur les femmes, pas que, la preuve j’écris cette chronique enthousiaste. Et pour citer un personnage masculin, un des rares qui ne soit pas veule, je me suis attaché  à Jeannot, le « champion de l’alcoolémie » le papy mémoire du village qui possède un talent de conteur extraordinaire et un grand sens de l’humour (la scène du bistrot lors de la fête au village où Pénélope se met à boire des canons avec lui est un petit bijou).

Vous l’aurez compris, je vous recommande cet ouvrage qui n’est pas qu’un polar de plus. Ce qui confirme de mon point de vue la qualité de la ligne éditorial des Éditions du Caïman et de Jean-Louis Nogaro. Encore BRAVO !

Retrouvez les autres chroniques de romans parus aux Éditions du Caïman :

T’es pas Dieu, petit bonhomme, Philippe Setbon
Cécile et le monsieur d’à côté, Philippe Setbon
Les ombres innocentes, Guillaume Audru
Tunnel, Eric Courtial

Ainsi que l’interview de l’éditeur Jean-Louis Nogaro pour Cross the line.

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