Couverture de Je suis innocent de Thomas FecchioTout le monde parle, on n’entend plus rien, faut que personne parle pour qu’on entende ce qu’on voit. Jean-Marie GOURIO

Six heures du matin. Des hommes armés déboulent dans la chambre de Jean Boyer. Semi-conscient, le quinquagénaire entrevoit leurs brassards siglés “police”. Mauvais signe, surtout pour lui, ex-taulard relâché après trente ans derrière les barreaux. Ses crimes ? Meurtre et viol à répétition. Ce jour-là, c’est le capitaine Germain qui lui passe les menottes. Le cadavre de Marianne Locart, une étudiante originaire de Soissons a été retrouvé enterré près du domicile du suspect, un bras sortant de terre. La première victime de Boyer avait subi le même sort.

Pour la justice, les médias et les politiques, le récidiviste devient la cible idéale. Pourtant Germain doute de sa culpabilité : l’interpellé ne cesse de répéter qu’il est innocent. Mais l’engrenage est enclenché. A ce stade, Boyer n’a qu’une solution pour s’en sortir : débusquer le meurtrier de Marianne.

Un personnage comme Boyer peut-il avoir un sens de l’honneur ? Un personnage comme Boyer peut-il être le personnage principal d’un roman ?

Faut être sacrément gonflé pour choisir comme personnage principal un violeur multirécidiviste qui n’éprouve aucun remord, s’apitoie sur lui-même, convaincu que toute sa vie est la faute à “pas de chance”, est encore animé par ses pulsions sexuelles dans l’espoir qu’un jour la chance sera au rendez-vous. Mais il ne veut en aucun cas assumer la faute, le crime d’un autre, il a suffisamment à faire avec les siens.

Alors, non ce n’est pas une question d’honneur, il n’en a plus, c’est une question d’innocence car pour une fois il est innocent. Le capitaine Germain élevé dans la foi en un honneur de servir, son père fut assassiné, il est respectueux des règles et des lois, des procédures, l’antithèse des trois “cow-boys” qui lui servent d’adjoint. Et pourtant ce personnage va évoluer, se défaire de son carcan, se surpasser et sortir des clous.

Ce roman, construit crescendo, pénètre l’âme des protagonistes et aussi du lecteur qui va être assis “le cul entre deux chaises” car rien n’est totalement noir ou blanc, on aimerait parfois puisque c’est le choix de l’auteur, un gris franc.

Cette chronique me permet de jeter un coup de projecteur sur la maison d’édition Ravet-Anceau qui malheureusement n’est diffusée que dans une moitié de la France, la partie Nord et mériterait par la qualité de ses publications d’être beaucoup mieux connu, d’ailleurs Dora-Suarez s’y emploie et on compte sur vous.

Ludovic FRANCIOLI

Publicités