Couverture Patrick-CARGNELUTTI Peace and death dora suarez

La liberté n’est qu’un autre mot pour dire “rien à perdre”. Kris Kristofferson

Y a-t-il eu un meurtre à la résidence pour personnes âgées Les Lilas ? C’est la première question que se pose le lieutenant Céleste Alvarez en se rendant sur les lieux aux aurores.

Odette gît, fracassée, au bas d’un escalier auquel elle n’aurait jamais dû avoir accès. Comment a-t-elle pu arriver là en pleine nuit ?

L’enquête s’annonce complexe et les témoignages plutôt flous : le personnel est surchargé de travail, quant aux autres pensionnaires, ils semblent tous un peu perdus…

Dans sa chambre, Colette, elle, rêve de Rob, encore et encore : le ranch au Nevada, le Flower Power, San Francisco, la liberté, sa vie rocambolesque avec lui…

Au cours de ses investigations, Alvarez va découvrir quelques incohérences qui, insidieusement, vont la conduire sur les traces d’une folle cavale entre le continent américain et la France… Avec l’amour pour feuille de route et la mort en filigrane.

Un premier roman : un coup de maître.

Une histoire d’amour sans partage construite sur un deuil qui ne se fera jamais, mais quelle belle histoire qui traverse les années !

Colette est un de ces personnages ultimes qui traverse les époques. Tenace, elle ne voudra que son bonheur, si neuf, si aventureux au prix de son enfant, de sa famille, elle va précipiter tout le monde dans la violence, un peu comme les personnages de Victor del Arból qui traversent, chargés de culpabilité, les événements de la vie, les changements de société et sont pourtant victimes de leur héritage.

Colette, elle est accrochée, happée par cet amour, le seul, au mépris du reste du monde, de la morale, de la justice, on peut mourir à côté d’elle tant que Rob est en vie et l’aime, et qu’elle peut encore l’aimer.

C’est bouleversant ce roman, j’ai détesté Colette de nombreuses fois au cours de ma lecture, je ne sais pas encore si j’ai pu l’aimer à la fin.

Si je fais référence à Victor del Arból c’est surtout pour l’engagement dont font preuve les personnages dans leurs convictions avec lesquelles ils traversent les bouleversements politiques et sociétaux. Pas de trahison, ils vont jusqu’au bout.

Sans Colette et Rob, des romantiques qui se laissent basculer dans les vagues, le ressac. Ils sont courageux mais en dehors de toute réalité, celle ci les effleure avant de les rattraper, encore que… c’est Rob, c’est René qui seront rattrapés, Colette se réfugiant dans son rêve jusqu’à la dernière ligne de ce roman.

Le souvenir est un état peuplé de musique, d’odeurs, de sensations auxquelles nous n’aurons plus jamais accès et dont parfois il faut se méfier pour ne pas en faire notre présent.

Ce roman est sélectionné pour le Prix Dora-Suarez 2018.

 

Ludovic FRANCIOLI

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