Dora-Suarez chronique PUISQUE CHANTE LA NUIT Théo GIACOMETTIPour aimer son prochain il n’y a qu’à se laisser aller, il n’y a qu’à regarder tant de détresse. Pour ne pas aimer son prochain il faudrait se violenter, se torturer, se tourmenter, se contrarier. Charles Peguy


Merna, dans le Nebraska, 400 âmes…

Dave, vétéran du Koweït, finit sa vie dans la solitude, avec pour unique consolation la pêche à la mouche. Son fils Henry, la quarantaine, se tue au travail pour payer les crédits de la maison familiale et de son pick-up. Quant à Meg, l’une des seules jeunes filles du village, elle a dû  abandonner ses études à la mort de son père, et vivote de petits boulots.

Ces êtres vont s’affronter, leurs histoires et leurs peurs se mêler, dans une lente descente vers  ce que l’homme porte de plus noir en lui. Seule la poésie et la magie d’un univers puissant permettront à certains de survivre.

Un premier roman au style âpre et direct, dont les protagonistes affrontent des destins brisés. La mort plane sur Merna, des habitants vieillissants, ceux qui ne sont pas encore vieux sont  hantés par la fin de leur vie si toutefois celle ci a bien commencée. La seule jeunesse sera tuée  par l’appétit de ne pas perdre ce qui peut apparaître comme une seconde chance… ici, nulle rédemption possible, la mort est au bout du chemin.

L’auteur situe son roman dans les grands espaces enneigés du Nebraska et pourtant j’ai été  envahi par une angoisse majeure de claustrophobie durant ma lecture. Peut-être est ce par la  récurrence de la solitude qui s’empare de tous les personnages et les conduit à défendre   comme un chien son os les rares moments de convivialité, convivialité inscrite dans une  répétition pour ne rien manquer de ce brin d’humanité. La mort est injuste, comme les aléas de la vie dans ce roman d’une beauté crépusculaire, empli  d’une poésie noire.

Théo Giacometti signe un premier roman intense qui malheureusement est épuisé à l’édition  qui date de 2013. Je le découvre en même temps que vous, plein de regret de ne pas l’avoir eu  entre les mains à sa sortie car il aurait obtenu le Prix Dora-Suarez sans aucune contestation. Avant de partir au bout du monde depuis peu pour une aventure photographique au Groenland,  Théo a signé une nouvelle pour le T5 de la collection “Dora-Suarez présente” chez AO Éditions à  paraître le 31 Mars 2017.

En attendant si vous souhaitez lire cet ouvrage je vous invite à inonder le mail de Jean-Luc  Tafforeau patron de AO pour qu’il lance une réédition en format poche au plus vite.

 

Ludovic FRANCIOLI

Publicités