Chronique Dora-Suarez Le-Festin-de-laube_Janis OtsiemiLe fou fait des festins, le sage les mange. Benjamin Franklin

En pleine nuit et sous une pluie tropicale, une femme surgie de nulle part vient se jeter sous les roues de la voiture du lieutenant Boukinda. Bouleversé par ce tragique accident, il veut savoir d’où sort cette inconnue, d’autant que son décès semble plutôt suspect… Au même moment, à quelques kilomètres de là, plusieurs individus pénètrent dans un camp militaire et s’emparent de nombreuses armes et d’un stock d’explosifs. Plus tard, c’est dans une ville en ébullition, gangrénée par la violence et la pauvreté, qu’un braquage sanglant transforme le quartier en zone de guerre.

Les forces de sécurité, en alerte maximum, sont à la recherche de truands visiblement déterminés. Et c’est tout à fait par hasard que ces deux affaires, apparemment sans aucun rapport, vont se télescoper et révéler un terrible complot…

Sur fond de haine, de repli identitaire et de crise électorale, flics et gendarmes vont alors devoir s’épauler pour tenter de déjouer cette conspiration.

Ce roman marque un tournant chez Janis Otsiemi déjà parce qu’il échappe à la truculence de certaines scènes, comme s’il était devenu inutile d’utiliser la moquerie, parfois l’espièglerie pour montrer du doigt l’inefficacité d’un système policier. Il me semble que l’auteur a choisi de dénoncer la fragilité d’un système politique, d’une constitution sociale et par-delà ses  institutions, non plus en pointant le doigt sur certaines dérives -pots de vin, trafics en tout genre, alcoolisme, dissimulation de preuves, etc…- mais bien en montrant qu’il peut exister des maux beaucoup plus dangereux, comme la sédition ou la perversion, les deux n’étant dans le roman pas si éloignés.

De ce point de vue, jamais Janis Otsiemi n’aura jamais autant mérité son surnom de James Ellroy africain. Le tournant que j’évoque n’a en aucun cas gommé l’enchantement que procure la lecture de cette écriture si colorée de son identité gabonaise.

Sans doute pour moi, le meilleur de ce qu’il a écrit. Un bonheur que je souhaite partager avec vous, et comme le dit Marianne,ça pourrait être un film…” c’est tout ce que l’on peut souhaiter à cette perle d’écrivain.

Janis Otsiemi a reçu le Prix Dora-Suarez 2017 : voir son interview.

Ludovic FRANCIOLI

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