Chronique Dora-Suarez Mork Ragnar JonassonMörk, traduction : forêt, bois, limites.A Siglufjördur, à l’approche de l’hiver, le soleil disparaît derrière les montagnes pour ne réapparaître que deux mois plus tard. Ce village perdu du nord de l’Islande plonge alors dans une obscurité totale… Le jeune policier Ari Thor veille sur la petite communauté sans histoires. Mais son collègue, l’inspecteur Herjolfur, est assassiné alors qu’il enquêtait aux abords d’une vieille maison abandonnée. L’illusion d’innocence tombe. Tous les habitants n’avaient-ils pas, au fond, une bonne raison de semer le chaos ?

Elin, qui fuit un passé violent. Gunnar, maire du village, qui cache d’étranges secrets
Pour reconstituer le puzzle, il faudra aussi écouter cette voix qui murmure, enfermée derrière les cloisons d’un hôpital psychiatrique, et qui tient peut être la clé de l’énigme.

Ragnar Jónasson a traduit plusieurs des romans d’Agatha Christie en islandais, avant d’écrire ses propres enquêtes. Pour le coup, pas de mystère ! Il est imprégné par le style de la Grande Dame, un univers quasiment clos, des secrets enfouis, des faux semblants, des pistes en serpent qui se mord la queue. Et puis des personnages uniques en leur genre mais présentant tous un trait de caractère commun à l’un ou l’autre de ses congénères. Une sexualité qui ne s’avoue pas, qui se cache ou alors se renie. Des failles dans les personnalités qui dissimulent les secrets les moins avouables.

Avec tout ça, et rien que ça – un flic abattu par balles dans un endroit peu fréquentable ni fréquenté – Jónasson entrouvre des portes, démasque des fenêtres avec en toile de fond une litanie issue d’un carnet écrit par un patient dans un hôpital psychiatrique. Quand tout commencera à s’assembler, beaucoup auront perdu ce qui leur est cher, sombreront dans un échec inexorable et nous assisterons à un drame shakespearien avec comme pour nous consoler une petite brise d’espoir qui souffle pour que tout ne soit pas anéanti.

Un remarquable roman, sans doute plus anglais que nordique, une belle découverte.

 

Ludovic FRANCIOLI

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