Chronique Dora-Suarez Je suis un guépard - Philippe HauretLa volupté de crier “je l’avais bien dit” est la plus forte que puisse éprouver une créature humaine ; toutes les vérités et tous les sentiments s’évanouissent devant elle. Giuseppe Tomasi Di Lampedusa

Le guépard est le mammifère terrestre le plus rapide du monde, il est aussi classé dans la catégorie des espèces les plus vulnérables. Une petite tête, des oreilles courtes, des yeux bien déterminés et une ligne noire qui ressemble à une larme court de la naissance de chaque œil jusqu’à la bouche. Il me semble que tout est dit… Et pourtant…

Le jour, Lino, employé anonyme d’une grosse boîte, trime sans passion au 37e étage d’une tour parisienne. La nuit, dans son studio miteux, il cogite, désespère, noircit des pages blanches et
se rêve écrivain… Un peu plus loin, Jessica arpente les rues, fait la manche et lutte chaque jour pour survivre.

Deux âmes perdues qui ne vont pas tarder à se télescoper et tenter de s’apprivoiser, entre désir, scrupule, débrouille et désillusion… Jusqu’au jour où Jessica fait la connaissance de Melvin, un jeune et riche businessman qui s’ennuie ferme au bras de la somptueuse Charlène. Deux univers vont alors s’entremêler pour le meilleur et surtout pour le pire…

Philippe Hauret actualise le concept de “la femme fatale”.  Une femme qui séduit les hommes mais qui s’avère dangereuse pour qui se laisse prendre à ses filets. La “femme fatale” n’est
attirante que tant qu’on ne la connaît pas vraiment. Jessica ne partage avec Lino que ses conceptions anarcho-politiques, son besoin de liberté, de lutte, de tout détruire au prix d’engagements sociaux qui ne sont que les reflets de son enfance ravagée par la violence. Elle lutte entre deux mondes, celui de la réussite qu’on peut qualifier de “sortir de la merde” et celui d’une vengeance contre le pouvoir, mais pas n’importe quel pouvoir, celui de son père, son
géniteur qui l’a rendu responsable de sa folie.

Les personnages sont ancrés dans leurs routes, ils cherchent des déviations qui leur permettraient d’échapper à leur destin, mais tout est déjà écrit et c’est dans une quête effrénée qu’ils s’engouffrent jusqu’au pire. La construction du récit est parfaite, une mise en place
irréprochable et un plaisir de lecture immense.

J’ai du mal à aimer Jessica, je n’aime pas Lino, je déteste Melvin et j’exècre les personnages annexes. Autant vous dire que j’ai nagé pendant ma lecture dans un cloaque, je m’y suis pris les pieds et les neurones, je me suis enlisé dans un roman “noir » sans aucun espoir d’en sortir et, comme il était tard, je ne suis pas arrivé à m’endormir. Philippe Hauret est un représentant de ce qu’est la littérature noire aujourd’hui. Jessica est un guépard dont les larmes courent jusque dans ses mots.

Ludovic FRANCIOLI

Découvrez la chronique du premier roman de Philippe Hauret : Que Dieu me pardonne.

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