chronique Dora-Suarez Chimaeris - Eric Tourville

Croire à l’existence d’un fait imaginaire engendre des chimères. Entretenir des chimères provoque des utopies. Jacques Lamarche

Dans l’hiver glacial du Vermont, pas très loin de Salem, une maison abandonnée, quatre cadavres de petites filles carbonisés, la cinquième a disparu… L’enquête commence.
La presse joue la piste pédophile, la police, celle de la sorcellerie.
Et si ce n’était qu’une chasse à l’homme dont le gibier était l’Homo sapiens ?

En cherchant l’oeil de Dieu, je n’ai vu qu’une orbite Vaste, noire et sans fond, d’où la nuit qui l’habite Rayonne sur le monde et s’épaissit toujours. Gérard de Nerval

Tout commence avec le classicisme d’un thriller à l’américaine, les codes sont posés, les offres sont multiples et on ne peut dédaigner aucune piste, qu’elle soit pédophile, maléfique ou encore l’objet d’un crime sadique.

Comme souvent dans le roman de genre américain il est question des affrontements entre les diverses institutions, la presse, la police, le voisinage. La tension monte car aucune des pistes ne permet de remonter aux origines de ce crime odieux.

L’auteur, qui connaît sur le bout des doigts son manuel du parfait “thriller writer” nous promène avec beaucoup de talent dans une intrigue parfois “à la manière de” sans jamais perdre de sa patte qu’il impose au fil des lignes.

Puis, toutes nos certitudes commencent à se fissurer “et si nous avions à faire avec quelque chose d’autre” lorsqu’apparaît Dawn, étrange enfant, muette mais douée de capacités sensorielles frôlant l’infini, sans doute la seule rescapée du massacre.

Il est aussi absurde de concevoir un champ de blé avec une seule tige qu’un monde unique dans le vaste univers. Métrodore de Lampsaque

Et puis l’intrigue nous “pète à la gueule”, plongés que nous étions dans cette intrigue policière, cette enquête aux multiples ramifications.

OUI ! On ne la voit pas venir cette ultime ramification qui pourtant s’impose et est loin d’être un exercice de style.

L’auteur maîtrise son récit de la première syllabe à la dernière sur 500 pages. Magnifique performance que je salue pour un premier roman.

Le thriller devient scientifique, métaphysique et frôle une certaine théorie du complot. Eric Tourville s’impose avec un style, un genre et devrait, je l’espère s’imposer -tout court- dans le paysage de cette littérature.

 

Ludovic Francioli

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