Elle retrouva son air de bonté résignée, comme l’écrivait Péguy à propos de Lazare, non pas cette beauté des innocents et des simplets, non pas la bonté des anges ni des saintes nitouches, mais la bonté désabusée, la bonté clairvoyante, la bonté qui sait la nuit des hommes et la surmonte, qui tente à tout le moins de la surmonter. Lydie Salvayre

Tout commence quand Pierre Sanak, journaliste reporter d’images à France Télévisions, croise par hasard cette jeune artiste un peu fantasque et très énigmatique. D’origine cambodgienne, Agathe a été adoptée, vit à Paris, ne se sépare jamais de sa guitare et semble errer entre plusieurs mondes… Pierre en tombe immédiatement amoureux.

Apprenant en conférence de rédaction l’incroyable nouvelle de la résurrection momentanée de Sokhom, un jeune Cambodgien qui aurait vécu une expérience de mort imminente, Pierre ne peut s’empêcher de tisser un lien ténu avec l’histoire d’Agathe…

Le journaliste s’envole aussitôt pour une semaine de folles investigations à Siem Reap et dans la jungle d’Angkor où, bien après le génocide, le tourisme des orphelinats semble perdurer. Une dangereuse course contre la montre s’engage alors.

Pierre parviendra-t-il à découvrir le secret d’Agathe ?

Nicolas Zeimet nous emmène dans un récit loin des “codes” qui nous avaient fait adorer cet auteur lors de ses deux premiers romans. Changement de cap, d’horizon et par là même de structure du roman, de psychologie des personnages (encore que Agathe peut à certains égards évoquer Sam Baldwin). Dora-Suarez a voulu en savoir plus sur la genèse de ce nouveau roman en tout point remarquable et pour ce faire, nous partons rencontrer l’auteur.

 

  • Tout d’abord, une question : qu’en est-il de ce changement presque radical dans ta créativité, nouveau sujet, nouveau décor… ?

 Je change effectivement de décor et d’ambiance pour ce nouveau roman, mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’un revirement radical. Au fond, le fil conducteur est toujours le même : un (ou des) personnage(s) ordinaire(s) rattrapé(s) par des événements qui le(s) dépassent. Pour ce qui est du cadre, je quitte les États-Unis après trois romans consécutifs situés là-bas, mais le tout premier, Déconnexion immédiate, se passait déjà à Paris. Quant au sujet, je m’éloigne effectivement des rivages de l’adolescence, que j’avais abordés dans Seuls les vautours et Retour à Duncan’s Creek. Mais je crois qu’il ne faut pas réduire mon œuvre à ces deux romans ! On oublie parfois que Comme une ombre dans la ville, mon troisième roman publié en 2015, était déjà très différent du précédent, ce qui a d’ailleurs déstabilisé certains lecteurs… Je dirais donc qu’il n’y a pas de changement majeur, plutôt une « évolution dans la continuité ». Je reste fidèle à mon style de prédilection, qui est le noir, et je lui serai fidèle encore longtemps !

En ce qui concerne le thème central des Enfants de Lazare, j’avais depuis longtemps envie d’aborder la question de la vie après la mort. Mon père s’est toujours intéressé de près au sujet, je l’ai beaucoup entendu en parler dans mon enfance, et même si la mort me fait très peur, elle m’intrigue aussi. Je voulais me frotter à elle de façon intime. Dans les thrillers et les polars, on tue les gens, mais après… ? Que deviennent les morts ? La question m’intéressait. J’y ai greffé une réflexion sur l’adoption qui me titillait depuis un moment, car c’est un sujet qui me touche à titre personnel. Enfin, le choix de l’Asie s’est imposé de lui-même : pour tous mes romans dont l’action se déroule à l’étranger, l’envie et née d’un voyage. J’ai découvert le Cambodge il y a huit ans et j’avais, depuis, envie d’y tremper ma plume.

 

  • Comment t’es-tu documenté pour apporter cette véracité à ton récit ?

En me rendant sur place. Je pense que c’est la base. Je sais que des grands auteurs ont écrit sur des pays lointains sans jamais y être allés, mais pour moi, c’est inconcevable. D’ailleurs, le processus est inversé chez moi : je ne voyage pas pour me documenter, ce sont mes voyages qui me donnent l’envie d’écrire, après coup. Donc, si demain je pars au Pérou, j’aurai sûrement envie d’écrire sur le Pérou. En revanche, je ne vais pas me réveiller un beau matin en me disant « Tiens, j’écrirais bien une histoire qui se passe en Nouvelle-Zélande », si je n’y suis jamais allé.

J’ai eu la chance de faire un magnifique voyage au Cambodge il y a quelques années, qui m’a profondément touché, et son empreinte est encore gravée en moi. Les paysages, les gens, les odeurs : j’en ai longtemps été imprégné, et j’avais envie de rendre ce sentiment dans un texte.

J’ai fait un énorme travail de recherche documentaire pour l’écriture du roman, je me suis plongé dans des tas de guides et de livres. J’ai eu énormément de plaisir à retourner là-bas virtuellement, en visionnant des reportages, en lisant… Mais surtout, j’ai fouillé ma mémoire sensorielle pour en exhumer des souvenirs. Ce qui a très vite refait surface, ce sont les odeurs. J’ai essayé de décrire au mieux ce qu’elles m’avaient inspiré, car c’est une caractéristique marquante du Cambodge : les odeurs de terre mouillée sont partout. Mon but était que l’humidité suinte littéralement des pages de mon roman. Et pas seulement à l’autre bout du monde : les premiers chapitres, qui se déroulent à Paris, sont eux aussi pluvieux et humides.

 

  • Aborder un tel sujet n’est pas chose aisée, d’autant que ce n’est pas un sujet qui reste très présent dans la mémoire collective, en tous cas en Europe. Il a fallu que je lise ton livre pour que me reviennent des bribes d’un reportage vu à la télé sur le tourisme des orphelinats au Cambodge.

L’adoption est le troisième grand thème des Enfants de Lazare, avec la vie après la mort et l’histoire du Cambodge. Je me rappelle, lorsque j’ai voyagé là-bas, avoir assisté à des spectacles mettant en scène des enfants. Je n’avais pas conscience, alors, de ce que cela représentait. C’est en reprenant le sujet quelques années plus tard, pour l’écriture du roman, que j’ai découvert l’envers du décor : le trafic d’enfants, la mercantilisation de la misère humaine, l’exploitation des orphelins à des fins commerciales. J’ai vu des reportages, énormément lu, et me suis replongé dans ces pages très sombres de l’histoire du Cambodge. J’ai beaucoup appris aussi ; j’étais tout petit au moment du génocide, je n’en avais aucun souvenir et je ne crois même pas en avoir entendu parler à l’école.

 

  • Des projets à venir ? Retrouvera-t-on dans un futur roman avec cette ambiance si particulière propre aux deux ouvrages “Duncan’s Creek” qui m’avait fait te comparer dans une chronique à Stephen King pour ta peinture de l’adolescence et de l’amitié face aux dangers ?

J’ai commencé l’écriture d’un nouveau roman il y a quelques mois, mais j’ai dû le laisser de côté pour raisons personnelles. J’ai très envie d’y revenir, les personnages et l’intrigue continuent de m’accompagner et de faire leur chemin dans ma tête, mais ce ne sera pas pour tout de suite. En effet, une autre grande aventure m’attend l’année prochaine ! Mais je n’en dirais pas plus pour l’instant. Sachez simplement que le prochain roman ne se passera pas aux États-Unis, mais on y retrouvera une ambiance assez similaire à celle de Seuls les vautours, avec toute une galerie de personnages évoluant dans une petite communauté, des secrets et des cadavres dans les placards. Mais ce ne sera pas un Duncan’s Creek 2 ! Je revendiquerai toujours la filiation avec Stephen King, mais je suis ma propre voie, aujourd’hui.

 

Merci Nicolas, je suis ravi de cet entretien et impatient de te retrouver en lecture.

Nicolas Zeimet sera sur le stand Dora-Suarez / Un petit noir lors du Salon du livre « Des livres et vous » les 2 et 3 Février 2019 à Miribel (01).
Il a remporté le Prix Dora-Suarez 2018 pour son roman Retour à Duncan’s Creek et a participé au volume 3 de la collection « Dora-Suarez présente » aux éditions AO : Au fil de l’eau.

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