chronique dora-suarez La prière du maure - Adlène Meddi

Si chaque pas posé sur la terre est une prière, alors vous progresserez toujours dans le respect du sacré. Alors votre pas sera sacré. Charmaine Whiteface

Alger, les années 2000. Un jeune homme disparaît. Pour régler une dette, Djo, commissaire à la retraite -entêté, solitaire et amoureux- reprend du service et réactive ses réseaux. L’enquête devient une inquiétante course contre la mort, les fantômes d’une époque que tous croyaient révolue ressurgissent.

Les capitales étrangères paniquent, les systèmes de sécurité s’effondrent.
Dans une Algérie où la frontière entre la raison et la folie s’estompe jusqu’au vertige, Alger sombre dans le chaos…

Si comme moi, vous vous êtes laissé porter par le lyrisme et la poésie d’Adlène Meddi, vous aurez aboli toute frontière entre raison et folie, entre la période post-indépendance et les événements de nos jours. Tout ne fait plus qu’un tant le chaos enfle et que ressurgissent des personnalités “endormies”.
Djo, épuisé et meurtri reprend du service, ouvre à nouveau les portes de l’Enfer à “Structure”, une entité militaire agissant sur commande mais sans commandement de l’État, des hommes d’ombre pour qui tous les moyens sont bons. Mais Structure est un homme, un haut gradé, un des meilleurs agents de renseignements de la Sécurité Militaire mise en place pour renverser le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. En 1962 il est l’artisan de la nouvelle forme de répression des opposants à la “normalisation de la politique” justifiant l’utilisation de la torture.
Un personnage impressionnant qui vient faire barrage aux investigations de Djo semant la panique dans les milieux internationaux.
Djo qui fait son baroud d’honneur, car de l’honneur il n’en manque pas, mais c’est de force qu’il manquera.

C’est un roman “coup de poing”, j’étais sonné en refermant le livre. Un roman envahissant parce que complexe, à l’image de l’Algérie, de l’État algérien avec ses multiples sous-cabinets, sous-commissions, ses branches ministérielles fantomatiques, son armée omniprésente.
Et moi, tout essoufflé d’avoir voulu courir pour sauver Djo.

 

Ludovic Francioli

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