chronique Dora-Suarez Le Prieuré de Crest - Sandrine Destombes

Quand les sages sont au bout de leur sagesse, il convient d’écouter les enfants. Georges Bernanos

“Madame, je vais vous demander de sortir du véhicule, s’il vous plaît”

Le sous-lieutenant Benoit se remémorera longtemps cette scène. Aurait-il agi différemment s’il avait su ce que déclencherait ce simple contrôle routier ?

Une enfant tourmentée.
Une mère recherchée.
Une conductrice dans le fossé.
Un cadavre aux yeux énucléés.

Telle une comptine macabre, son rapport sonne le glas des jours heureux pour la ville de Crest et la fin de la tranquillité pour les habitantes du prieuré, où l’intrigante Joséphine règne sur ses protégées.

Et lorsque les Experts du Pôle judiciaire débarquent dans la Drôme, Benoit comprend que la mort aussi s’est invitée à Crest, et qu’elle semble s’y plaire.

Le mot “prieuré” vient du latin prior qui veut dire premier ce qui est complètement antinomique avec la fonction qu’exerçaient ces institutions qui dans la grande majorité des cas dépendaient d’une abbaye et avaient pour vocation de relayer le rôle des abbés ou abbesses dans leurs fonctions d’accueil ou encore de rentabilisation des deniers du culte par diverses tâches agricoles ou artisanales.

Ceci étant établi, il convient de se pencher sur le prieuré de Crest qui historiquement a existé et était dédié à l’accueil des nécessiteux. Je n’ai trouvé que peu d’archives sur le sujet, à part une vague photos d’office du tourisme d’un prieuré à proximité de la ville de Crest dont l’architecture est proche des descriptions de l’auteure.

Et j’en suis amené à faire un certain nombre de parallèles dans le temps. Aux origines les rares documents examinés font état d’une abbesse recueillant principalement des femmes (mais pas exclusivement). Je ne sais si les raisons  étaient identiques à celles évoquées par Sandrine Destombes, mais je me permets de souligner une collusion entre le sacré et le profane, la dépendance à une abbaye et maintenant la dépendance à une association. Sans aucun jugement de ma part.

N’en reste pas moins que chacune de ces orientations de bienfaits peuvent ouvrir la porte à un enfer, l’enfer de l’inquisition, l’enfer du volontarisme à tout prix, l’enfer de la folie aussi. Car sommes nous sûrs de qui nous accueillons en notre sein quand nous sommes aveuglés par le désir de bien faire.
C’est ceci qui fait sens dans ce roman extrêmement bien écrit, lisible au point de ne jamais s’arrêter et le jeter après avoir lu la dernière page, sur un fauteuil, par dépit, pas assez, je ne voulais pas m’arrêter…

Sous ses allures de polar, avec ses codes d’écriture, on a à faire à un vrai roman noir et très d’actualité, car qu’elle le veuille ou non, Sandrine Destombes à travers un microcosme nous peint une réalité sociétale d’une actualité bouleversante.

Ludovic Francioli

 

Voir également la chronique des Jumeaux de Piolenc, de Sandrine Destombes.

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