Fucking Melody par Sisinni

Fiorella, quinze ans est soignée dans une clinique depuis longtemps. Fiorella vient d’apprendre qu’elle est plus gravement atteinte que ce qu’elle croyait. Dotée d’une imagination sans fin, elle s‘invente des passés et son présent, ne pensant pas à l’avenir. Elle a fait la connaissance de Soline, musicienne et clown qui intervient dans l’établissement. Puis de Boris, le compagnon de Soline, bédéiste qui trouve en Fiorella l’un de ses personnages. Fiorella tombe amoureuse de Boris et décide de s’enfuir avec lui, même contre son gré.
Une saloperie dans la moelle épinière…Alors, il lui faut vivre, vivre passionnément et vite…Et comme toutes filles de son âge, elle veut connaître l’amour. Boris : un coup de foudre pour elle.
Fiorella n’hésitera pas à éliminer tout ce qui se met en travers de son chemin, un rouleau compresseur à leur poursuite. Mais plus ils avancent vers l’ouest, plus l’horizon s’obscurcit…
Alors « elle va, le crabe dans une poche, un flingue dans l’autre, elle va… »

Il faut oser cette plongée dans le noir, immerger le spectateur sans plus attendre dans une histoire qui ne peut se terminer que dans la mort.
Une étrange sarabande se joue autour de Fiorella, un cercle avec peu d’acteurs et une économie de moyens, comme une économie de mots aux travers desquels surgit un trait de poésie désenchanté…poésie parfois, désenchanté toujours…
Le lecteur, moi en l’occurence, s’en prend plein la gueule dès la première page, sonné mais jamais sauvé par le gong, impossible de faire une pause dans cette course à la mort et à l’amour, un peu comme si le fait de fermer le livre pour quelques instants allait provoquer ce qu’on redoute le plus, Fiorella pourrait mourir sans moi.
Pour un livre qui traite d’un destin funeste, on s’attache passionnément à ce trio, on les aime, on aime Fiorella, la menteuse, la fugueuse, la manipulatrice qui tente désespérément de tordre sa vie dans tous les sens pour y donner un sens. Elle, ce petit bout de femme qui veut aimer et être aimé avant de mourir demain, peut être, ou la semaine prochaine.
Même si l’auteur s’autorise quelques saillies humoristiques, car bien sûr la petite a quinze ans et elle n’a pas sa langue dans sa poche, on n’arrive pas à s’autoriser à respirer, ne pas trahir la gravité du moment, il y a déjà suffisamment d’impuissance sans en plus rajouter la culpabilité.
Vous l’aurez compris, c’est encore une fois une perle, une pépite du roman noir que nous propose JIGAL POLAR.