chronique dora-suarez Demande à la savane - Jean-Pierre Compagne

La transgression se comporte comme une petite braise jetée dans la savane, on voit où la flamme prend mais nul ne sait où elle s’arrêtera. Ahmadou Kouromma

 

 Alors que, nuit et jour, Nairobi feule de plus en plus fort, Cœur léger, policier sans police, et son amie Jane, brillante reporter au Daily Nation, partent dans le Samburu Park au nord du Kenya, enquêter sur un nouveau massacre d’éléphants.

C’est alors qu’ils tombent sur un carnage d’un tout autre genre : celui d’écoliers d’un pensionnat en lisière du parc, assassinés par un groupe armé venu de Somalie.

Cœur léger a vieilli, il a pris du poids, il a déjà un pli à la nuque quand il porte la veste. Le jour où il en aura deux, si ce jour arrive, il rejoindra la bande des gonflés, des réussis, des pas crève-la-faim, pas crève-de-palu, pas crève-du-sida. Des talqués sous les bras, entre les jambes pour atténuer la friction des plis de chair tiraillés par les 35 degrés des longues journées à tracer dans la ville affairée aux mille occasions, aux mille déceptions. Dans la ville, hop-là, le destin te sourit, hop-là, le destin t’embrouille.

C’est dans un monde où plus rien n’a de valeur, un monde de corruption que nous entraîne Jean-Pierre Campagne.

La valeur d’un éléphant, d’un troupeau d’éléphants abattu à la Kalashnikov dans une réserve de protection n’a que celle du négoce de l’ivoire. La valeur d’un enfant, d’un groupe d’enfants dans un internat n’a que celle du fanatisme islamique. Dans les deux cas, des traîtres à leur peuple qui regardent ailleurs quand le pire est commis ou encore s’enfuient.

C’est, animés par un besoin de justice que Cœur léger, ex flic à Nairobi et Jane, reporter, se lancent à l’assaut d’une cause sans doute perdue d’avance, mais qui mérite leur témoignage.

Une écriture au fer rouge, une succession de très courts chapitres, des mots qui vont à l’essentiel, un souffle comme celui de la savane, une lecture d’une traite, en apnée et une brûlure à l’âme quand le livre se referme. Un immense auteur.

Ludovic Francioli

Publicités