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Dora-Suarez : L'actu littérature noire

Découvrez le meilleur de la littérature noire et des auteurs exceptionnels

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2022

LA CHIMERE DE LA DOMBES – Frédéric SOMON

Un matin brumeux dans la Dombes, sept ans après les premiers assassinats d’adolescentes, la découverte d’un nouveau meurtre avec un modus operandi identique, est un choc pour les gendarmes de la section de recherches de Lyon. Ces derniers étaient convaincus d’avoir mis hors état de nuire celui que la presse avait surnommé « Le tueur de la Dombes ». Si le chef Deschamps est chargé de cette nouvelle enquête, il en sera très vite dessaisi lorsque son épouse sera abordée par un inconnu qui s’avèrera être le serial-killer. Se moquant des gendarmes, ce dernier n’hésitera pas à les provoquer, jusqu’à kidnapper, à quelques centaines de mètres de leur caserne, une autre adolescente.
Ces deux affaires entraînent de nouvelles tensions entre la gendarmerie en charge du meurtre et le SRPJ enquêtant dans la disparition d’Alys Valemberg. Une enquête sous haute tension qui mettra tout le monde sur les nerfs de Lyon jusqu’à Genève.

Il faut saluer Frédéric SOMON qui vient de recevoir un Prix à Nîmes ce week end et je l’en félicite.
Pour ma part je suis passé d’emblée au deuxième roman, une « suite » qui s’avère magistrale.
Une connaissance bien sûr approfondie du milieu de la Police Judiciaire, de par le fait et une connaissance de l’être humain dans son milieu personnel ou professionnel qui fait de ce roman un véritable document doublé d’un récit passionnant qui parfois touche au mystique, ménage le lecteur à travers des moments de reflexions, d’accalmies pour mieux le plonger dans l’univers cruel de cette traque qui peut ruiner la vie de tous les protagonistes, laissant planer la figure dantesque du tueur, un peu comme un personnage de John CONNOLLY.

LE REVE D’HABIB – Jean-Michel LEBOULANGER

Deauville, ses belles demeures, sa plage aux parasols multicolores, tel un fragment de paradis.
Et soudain, sur le sable blond d’un matin calme, un cadavre atrocement mutilé.
Règlement de compte, trafic humain ?
Fraîchement promue capitaine et mutée sur la côte normande, Hadija Mounier va devoir prendre en charge cette affaire sensible.
Secondée par un jeune OPJ au tempérament atypique, elle va être confrontée aux profiteurs sans scrupules mais également aux bonnes âmes locales. Une plongée éprouvante au sein de la noirceur humaine qui fera remonter à la surface des épisodes enfouis de son propre passé..

J’ai apprécié ce roman en deux blocs, la première moitié stupéfiante d’une vérité qui nous blesse par sa violence descriptive de ce monde de misère aux mains de mafias et d’organisations terroristes qui agissent sous le couvert d’une « organisation humanitaire » sans réels contrôles, comme sas bourré de trous laissant apparaître le crime par désespoir de plans économiques, de budgets et surtout de projets viables.
C’est une vision dans cette partie de l’ouvrage qui effraie, même si nous sommes des spectateurs lointains à travers les médias, cette première partie est un témoignage.
La deuxième partie, ou second bloc nous entraine dans le roman policier, avec malheureusement ses tics : prêter au personnage féminin des affres affectifs (ce qui ne m’a pas du tout interessé) à travers une relation tumultueuse avec un de ses collaborateurs.
Ce sont des disgressions qui ont fait baisser mon attention, et de ce qui présageait un livre engagé, un livre témoignage devient un scénario de téléfilm.
Jean-Michel j’ai vraiment été capté par la moitié de ton livre, ce qui justifie ta nomination au Prix Dora-Suarez 2022, mais je n’ai pas adhéré à la seconde partie. Peut-être parce que c’est le seul que j’ai lu de ta trilogie.

Mon illustration musicale réside dans le titre « raison de se battre ».

AFFAIRES INTERNES – Didier FOSSEY

Août 2015 – Autoroute A 10.
Deux hommes au volant de leur berline roulent à vive allure et provoquent un accident d’une violence inouïe : une femme est tuée sur le coup, sa fille de 5 ans est grièvement blessée.
Lorsqu’il apprend le drame, Yann Rocher – officier de police, et père de l’enfant – est en service ; il est dévasté.
Les conducteurs s’en sortent avec quelques blessures…
3 ans plus tard… Février 2018 – Lyon
Des braqueurs attaquent une bijouterie du centre-ville; la police judiciaire est saisie. Durant l’enquête, la capitaine Poirier remarque des similitudes avec d’autres braquages commis dernièrement en France.
L’organisation sans failles des malfaiteurs ressemble à celle des militaires ou… des policiers, ce qui attire l’attention de l’Inspection générale de la Police nationale.
De son côté, Yann Rocher, désormais chef de la BAC Nuit, à Colombes, a toujours la même idée en tête : venger sa fille, Mia.
Et pour cela, il est prêt à tous les compromis..

Un mot d’explication sur le choix de mon illustration musicale de cette chronique.
Ce titre me semble tenir en son sein tout l’amour et tous les regrets de Yann Rocher, comme une litanie obsédante, qui tourne, tourne et tourne encore…

La vengeance comme un rachat, une expiation sur un thème polar extrêmement classique, je pourrais même dire archi vu, les flics ripoux, les casses de plus en plus risqués, l’IGPN au bord de la crise de nerf, la tension en crescendo.
Tous les personnages ont leurs particularités même si on est globalement dans le brutal, seul Yann Rocher vient capter toute mon attention, je m’identifie à lui alors je souffre avec lui, tout cela par le talent d’écriture de Didier FOSSEY, fluide, par moments presque journalistique pour mieux laisser ces moments de fulgurance apparaîtrent et nous aveugler.

Merci à toi de m’avoir dédicacé ton ouvrage qui, vois-tu tient sa place dans la liste des nominés 2022 pour le Prix Dora-Suarez.

A SANG ET A MORT – Sandrine DUROCHAT

Une violente attaque de fourgon blindé qui tourne mal. Un convoyeur au tapis et neuf millions envolés… Entre Grenoble et Échirolles, deux clans se sont alliés pour tenter un gros coup. Mais rien ne s’est passé comme prévu… Au milieu de cette faune qui s’entretue pour l’argent et le pouvoir, Nina, Audrey, Karen et Samia vont tenter d’en réchapper… Et puis il y a Hirsch, dit Le Mur, commandant de police pourri jusqu’à la moelle, Precious, le caïd, Malik, le boss. Tous aussi malsains les uns que les autres… Et Gabriel, le flic en pleine dépression depuis la mort d’un jeune manifestant, qui, en quête de rédemption, semble vouloir remettre les choses à leur juste place…

Tétanisé !
Comment resté intact face à ce déferlement de violence ?

Suis-je dans un film qui a grands renforts de morts violentes comme on en trouve trop souvent, c’est mon point de vue, nous accroche les yeux fixés à l’écran, la sauvagerie qui crée le besoin d’encore plus, il y a de ça dans ce roman.
Mais ce ne pouvait pas se résumer à un artifice, connaissant Sandrine DUROCHAT elle ne pouvait pas nous trahir avec « à la manière de… ».
Alors je lui ai fais confiance pour nous raconter une réalité, bien sûre romancée (quoique) nous accroche à une sauvagerie inéluctable et bien réelle. Là ça fait peur et on peut croiser ce qui alimente les faits divers de nos quotidiens régionaux avec son récit parfois caricatural.

Ca pète, ça roule à mille à l’heure. Ce qui pouvait être réjouissant dans sa série de nouvelles devient un étranglement au bord de la perte de connaissance, je l’ai lu d’une traite mais je n’ai pas dormi d’une traite, hanté j’étais, et tout particulièrement par Précious, une victime-monstre à fleure de chair.

Comme j’écris cette chronique d’un seul jet sans aucune intention de correction (à part l’orthographe), je reviens sur le mot « caricatural », il n’est absolument pas péjoratif mais il m’est venu par le surnom du commandant « Le Mur », je ne sais pourquoi, c’était trop…
C’est une bombe dans la narration et j’attends de Sandrine son prochain roman…?

SARAH JANE – James SALLIS

Surnommée « Mignonne », ce qui ne lui va pas comme un gant, Sarah Jane Pullman a déjà trop vécu pour son jeune âge : famille dysfonctionnelle, fugue à l’adolescence, crimes, petits boulots dans des fast-food… on se demande comment elle parvient à redresser la barre. Elle y arrive et, à sa grande surprise, est engagée comme agent au poste de police de la petite ville de Farr. Lorsque le shérif titulaire disparaît, c’est elle qui prend sa place. Mais Sarah Jane ne se satisfait pas de la situation. Cet homme, Cal, était son mentor, son appui, et elle ne peut accepter qu’il se soit évanoui dans la nature. Elle va découvrir des choses qu’elle ne soupçonnait pas…

Comme l’avait titré un article de presse, ce roman est le puzzle d’une vie dévastée, mais pas seulement celle de Sarah Jane mais celles aussi des vétérans de guerre et des habitants de ces trous du sud de Etats Unis dont la vie est rythmée pour les premiers pas les suicides et pour les seconds par les malveillances de la vie, les accidents de voiture, les meurtres crapuleux, l’alcoolisme.
James SALLIS, outre être un digne représentant de la littérature noire américaine fut aussi traducteur de Blaise Cendrars ou encore Raymond Queneau et surtout le spécialiste du roman élliptique, comme son héroïne qui passera son temps à s’éclipser et à raser les murs passant de combattante dans les déserts orientaux à ajointe de police dans une petite ville d’où le shérif disparaît sans laisser de trace.
Sallis nous dit : « Toutes les histoires sont des histoires de fantômes, qui parlent de choses perdues, bataillant pour être vues, pour être acceptées par les vivants »

A nous de combler les trous dans l’énigme de cette vie.

# JE SUIS LILLY – Vincent VILLA

Lilly est morte, massacrée à la hache par son ex-compagnon, depuis disparu. Pour beaucoup, un malheureux fait divers. Pour Nina, sa petite sœur, le pire des crimes. La jeune boxeuse ne rêve que de vengeance…
Alors que Lilly devient le symbole de la lutte contre les féminicides à travers le hashtag #JesuisLilly, l’affaire prend une tournure plus dramatique encore : quelques heures après une manifestation, une militante est brûlée vive…
Sur un sujet tragiquement d’actualité, un thriller fort, pertinent et palpitant.

Ce roman est un engagement contre les violences faites aux femmes et on ne peut qu’en remercier Vincent VILLA, et c’est aussi un excellent polar, actuel et urbain, violent et parfois cruel.
Une histoire de vengeance et de traque, Nina poursuit l’assassin de sa soeur, Paolo le flic poursuit un ou plusieurs assassins de femmes qui agissent selon un rite médiéval religieux, tout en essayant de ne pas perdre la trace de Nina.

Des rencontres parfois très belles avec de beaux portraits de femmes engagées dans une lutte qui peut leur faire perdre la vie, des rencontres moins belles et plus sulfureuses en la personne d’un vengeur masqué éliminant les hommes violents, et des rencontres immondes avec ce club de la suprématie mâle et leurs actes violents oscillant entre le KKK et l’Inquisition religieuse dont le leader, un dégénéré se verrait bien finir son oeuvre en se transformant en mass-murderer.
Vous l’aurez compris, ça bouscule mais ça éblouit aussi sur un sujet trop souvent traité par des
femmes comme si la souffrance endurée en tant que telle ne pouvait s’exprimer que par leurs bouches. Vincent VILLA nous prouve avec ce roman que les hommes peuvent avoir leur mot à dire et peuvent s’ériger en témoin, en défenseur, en juge.

NAIJA – Thierry BERLANDA





Un industriel de l’agroalimentaire a été retrouvé affreusement blessé dans une bétaillère bondée de génisses. Que cache ce crime d’une cruauté inédite ? Qui l’a commandité et pourquoi ? Jacques Salmon et Justine Barcella, qui forment l’unité spéciale Titan, sont mobilisés. Leur enquête les met sur la piste de trois tueuses, de Paris jusqu’au Nigeria, à Lagos, cité tentaculaire surpeuplée où règne la loi du plus fort.
Que dissimulent les tours de verre High Tech du géant Histal, mystérieux groupe scientifique et industriel international ? Quelles sont ces « Tenues jaunes » au physique parfait qui accueillent les visiteurs ? Trafic d’organes, manipulations génétiques, hybridations monstrueuses, nanotechnologies ultraperformantes… les deux agents vont de surprise en découverte. Confrontés à ce « nouveau monde », à la fois repoussant et plein d’attraits, quel sera leur choix ? Le combattront-ils à tout prix ou se laisseront-ils séduire ?
Thriller saisissant, Naija éclaire sans concession, par une plongée dans un monde où la morale s’inverse, l’enjeu crucial de notre époque : la valeur et le sens même de la vie

Naija c’est un peu comme Mission Impossible qui aurait rencontré les Avengers sans l’humour.
Les liquidateurs Jacques Salmon et Justine Barcella prennent directement leurs ordres à l’Elysée.
Aucuns moyens, tout pouvoir.
Salmon est un ancien des Services Spéciaux recruté pour créer l’unité Titan. Une unité qui se compose de deux personnes : Lui et sa coéquipière, la précédente ayant eu la fâcheuse idée de se faire tuer il doit « former » Justine. Quelque peu misogyne, misanthrope, il est un exécuteur froid – « quand tu es payé pour fumer des mecs, la compassion est une maladie mortelle »– convaincu d’être le meilleur dans sa catégorie il ne prête aucune attention à ce qui pourrait être une vie privé, sapé comme un clochard il vit dans un cagibi au milieu de ses détritus, râleur, vicieux, il aime qu’on le déteste.
Si ce personnage devait apparaître au cinéma c’est assurément Jean Réno qui tiendrait ce rôle.

Le roman est construit en deux parties, la première permet au lecteur de se familiariser avec TITAN et de suivre la relation qui se construit entre le maître et l’élève, les méthodes d’investigations le plus souvent musclées, les dommages collatéraux et les tenants de cette enquête.
La seconde partie nous emmène au Nigéria, pays ravagé par la corruption et le crime, vendu aux multinationales qui peuvent s’enrichir sans que quiconque y regarde de trop près et dont la sécurité est assurée par une armée privée recrutée sur place.
Ainsi en est-il du groupe pharmaceutique HISTAL dont le vice- président Seymour Silverstone a mis en place une organisation criminelle que Salmon et Barcella doivent démanteler.
La cible est Silverstone qui doit être éliminé.

Thierry BERLANDA n’en est pas à son coup d’essai et nous promets encore de longues heures de lecture puisque NAIJA est le premier volume d’une trilogie qui comprendra : JURONG-ISLAND et CERRO RICO.
C’est très bien fait, haletant, violent, épique et malgré quelques invraisemblances fort utiles à la qualité du récit, on est scotché.
Quand tu parles, je t’entends. Quand tu ne parles pas, je t’entends quand même.
Mais sans doute les personnages ne sont-ils pas toujours tels que nous croyons les voir.

30 SECONDES – Xavier MASSE

30 secondes par Massé

30 secondes…
Les 30 dernières secondes les plus importantes de sa vie.
Les 30 dernières secondes de leur vie.
Les 30 dernières secondes dont il arrive à se souvenir.
30 secondes… c’est le laps de temps qu’il leur a fallu pour avoir cet accident.
30 secondes, c’est le temps dont dispose Billy pour retrouver la femme de sa vie… disparue…

Xavier Massé sème les fausses pistes comme le Petit Poucet ses cailloux pour ne pas se perdre, pour le premier c’est très clairement pour nous perdre et nous entraîner dans la complexité de son récit.
Billy est un jeune joueur très prometteur de football américain à Charlotte – USA, mais Billy est aussi un inconscient qui use et abuse d’alcool et de substances illicites, en compagnie de ses congénères il se comporte comme un enfant gâté à qui on ne peut rien refuser, une star du sport à l’américaine, avec magouilles, grosses sommes d’argent et matchs truqués.
En même temps Billy tue un vagabond sur une route de campagne et devient complice du meurtre d’un policier, il sera victime de deux accidents : l’un sur le terrain avec un clash ultra-violent sur un autre joueur qui le laissera inconscient, l’autre en voiture avec sa compagne au volant qui disparaîtra après l’impact, évaporée, envolée…

Vous suivez toujours ?

Nous voilà donc au chevet de Billy sur son lit d’hôpital entreprenant des séances d’hypnose pour tenter de faire remonter ses souvenirs à la surface, aidé en cela par un neurologue bienveillant sous la surveillance d’un policier taiseux.
La vraisemblance se doit de plier devant le récit.
Alors les séances deviennent un jeu de cache-cache dans un décor imaginaire en trois dimensions et surtout une sorte de salle de cinéma refuge pour Billy dans son inconscient où il peut visionner ses souvenirs.

Ca va toujours ?

C’est sans doute parce que Xavier Massé est à l’écriture ce que Billy est au football, un fougueux qui coure vite avec le talent qu’il faut pour se faire remarquer qu’il parvient à entrainer ses lecteurs dans son imagination débridée, et nous on suit derrière ce joueur de flûte (encore une métaphore pour finir) tel ce troupeau de rat quittant Hamelin.

LE SECRET DES MAGES DU TRIDENT ROUGE – Maurice DACCORD



Qui sont les Mages du Trident Rouge ?

Une secte, une association de disciples un peu fêlés, dont la particularité est de terminer leurs réunions en chantant et dansant sur l’air de La Belle Hélène d’Offenbach… Tous adorateurs de Satan !

Comme ce tueur en série qui signe ses crimes d’une citation latine : Demon est deus inversus, le diable est dieu sens dessus dessous.

Crimes particulièrement odieux et tellement sordides que la presse le surnomme l’Equarrisseur.

Dans une nouvelle enquête, le Commandant Léon Crevette, aidé de son ami Eddy Baccardi, explore l’univers de Mages du Trident Rouge et va traquer l’Equarrisseur.

C’est cruel et drôle à la fois, les personnages sont truculents, c’est bourré de références au cinéma de genre des années 40 ou 50, ou encore aux prémices des séries télé policières qu’on appelait encore feuilletons comme les feuilletons qui paraissaient dans la presse quotidienne, héritage d’un passé littéraire du siècle d’avant et du début de ce XXe.
Mais l’auteur est un contemporain, il n’a pas à composer avec la morale d’outre siècle, de nos jours aucune crainte de finir au piloris si on se hasarde à faire mourir six fillettes de la manière la plus horrible qui soit, le tout baigné dans une ambiance qui bien sûr est tendue mais navigue au sein de copinages francs et émouvants, de décors surranés comme les intérieurs familiaux, les troquets et les convenances qui font que nos personnages sont bien ancrés dans leur monde et leur époque.
Alors ! Pensez ! si le surnaturel vient s’inviter dans la tête de veau ou le boeuf carottes, en plus avec des manières aussi sordides, autant se lancer alors à l’assaut des ventres de Paris pour aller chercher la bête.
C’est un roman parfaitement jouissif, à consommer sans aucune modération.


VA MANGER TES MORTS – Pascal MARTIN

Va manger tes morts par Martin


Elle s’appelle Romane, elle est Gitane. Dans cette brasserie parisienne, elle vient de flinguer un sale type d’une balle en pleine tête. Lui, c’est Rio, il venait juste de prendre sa défense face aux gifles de ce mec. C’est là qu’elle l’a pris en otage, enfin presque… Et que tout a commencé ! Il est enquêteur pour les assurances. Elle, elle se débrouille comme elle peut… Et plutôt bien. Mais quand le temps vire à l’orage, ils décident ensemble de décamper au plus vite… Elle est jeune, belle, insouciante. Elle a la rage de vivre, là, tout de suite… Lui, pour la première fois de sa vie, il n’a plus qu’une envie, exister et la suivre…

Le polar que je mourrais d’envie de lire depuis très longtemps, comme le dit le bandeau de couverture c’est une immense bouffée d’oxygène, simplement parce que c’est un polar qui est écrit avec le coeur et c’est à ça qu’il se remarque et s’apprécie.
Une folle histoire d’amour à travers la violence, le sang et la souffrance mais toujours le sourire lumineux de Romane en avant, son discours tout d’abord incompréhensible qui devient au fil des pages un compagnon dont on ne discerne pas obligatoirement toutes les subtilités mais prend une résonnance musicale indispensable à ce récit.
C’est parfois cruel et parfois drôle.
VA CRIAVE TES MOULOS !

Et oui, on ne peut rien contre le coeur qui bat pour continuer à exister et sans doute se construire une vie différente…avec un tikno par exemple.

Pascal Martin est né en 1952 dans la banlieue sud de Paris. Après une formation en œnologie, il devient journaliste, fonde sa boîte de production et parcourt le monde comme grand reporter. Ses reportages, très remarqués, sont alors diffusés sur toutes les chaînes de TV.n 1984, il réalise un court métrage de fiction, « L’intruse » diffusé par Antenne 2 qui, dès 1986, lui demande l’exclusivité de ses enquêtes pour ses magazines d’actualité : « Le Magazine », « Edition spéciale », « Place publique ». En 1989, il se spécialise dans l’investigation pour une collaboration exclusive de dix ans avec « Envoyé Spécial ». Ses reportages font référence et lui valent de nombreuses récompenses comme le Grand prix des télévisions francophones pour son film sur la révolution roumaine et, en 1992, et le Sept d’or du meilleur reportage pour son enquête sur le Front National : « Front National, la nébuleuse ».En 1995 il crée les « Pisteurs », des personnages de fiction qui reposent sur son expérience de journaliste d’investigation, pour une série de films diffusés sur France 2. Après avoir enseigné quelques années au Centre de formation des journalistes, il développe avec Jacques Cotta une série de documentaires « Dans le secret de… » qui compte aujourd’hui plus de 40 numéros. Il réalise à cette occasion Dans le secret de la prison de Fleury-Mérogis et Dans le secret de la spéculation financière. C’est sur la base de ces deux enquêtes qu’il crée le personnage de Victor Cobus, jeune trader cousu d’or qui se retrouve du jour au lendemain dans l’enfer d’une prison. Pascal Martin s’est toujours inspiré de ses enquêtes journalistiques pour nourrir ses personnages de fiction en les inscrivant dans une dimension sociale et environnementale.(Sources : JigalPresses de la Cité)
Pascal MARTIN - (Credit photo - © Pascal Martin © Stephane Olivier) RIP Monsieur

LA FILLE QUI VOYAIT LE MAL – Ludovic BOUQUIN

La fille qui voyait le mal par Bouquin

Sa capacité à distinguer, malgré elle, la nature profonde des gens qui l’entourent fait d’elle l’arme secrète des différents souverains pontifes depuis 20 ans. Alors que sa sécurité est menacée, une vague de crimes aussi violents qu’inexplicables frappe les grandes villes françaises.
Un tandem composé d’un commandant de la police judiciaire et d’un psychiatre mène l’enquête. De leur rencontre avec la fille qui voyait le mal va naître un improbable trio qui, enrichi de leurs différences et de leur complémentarité, va être mis à rude épreuve pour rester en vie et déjouer le complot fomenté par un ennemi puissant.
Un récit ou l’occultisme s’associe au Vatican pour déjouer le mal et qui va cette fois-ci se mettre au service de la police pour stopper le mal qui se répand partout sur le territoire. Un thriller trépident, un page turner qui ne pourra qu’entraîner le lecteur dans une course contre la montre.

Manifestement Ludovic BOUQUIN aime raconter des histoires, il aime les inventer pour ensuite les « passer » comme dans la tradition orale avec cet aspect jubilatoire de tenir son lecteur en haleine, il a gardé au fond de lui l’enfant qu’il était qui peut encore croire à ces aventures extravagantes au fil conducteur qu’est l’Afrique et sa magie.
Sous couvert d’une appellation douteuse de « thriller ésotérique » nous avons en fait un formidable roman d’aventure – et oui, ce n’est pas un gros mot – comme les aventures de Bob Morane ou de Doc Savage tout comme ses précédents romans. Je pense à « Rémission Spontanée » où la magie africaine pouvait renfermer une révolution scientifique, ici les sortilèges vaudous peuvent sauver le monde d’une apocalypse planifiée par des cerveaux dérangés et cupides. Tout comme Bob Morane affrontait l’Ombre Jaune maître du Mal projetant de régner sur le monde les héros de Ludovic BOUQUIN surfent sur des événements endiablés les entrainant aux quatre coins du monde.
Sauf pour l’ouvrage « Sauce de Pire » où on est plongé dans la marmite d’un polar-culinaire des plus excitant.

Tout ça pour dire qu’il faut avoir garder son âme d’enfant pour pouvoir se plonger dans ce grand bain d’aventure.

POUR SEUL PARDON-Thierry BRUN

Pour seul pardon par Brun

Thomas Asano a trouvé refuge dans une petite ville nichée au pied des Vosges. Ici, la vie y est âpre. Homme à tout faire, il a la réputation d’être travailleur et bon chasseur. Il est surtout décidé à se faire oublier : il a connu Sarajevo et la prison. En liberté conditionnelle, c’est un homme brisé par la culpabilité qui tente de se reconstruire. Son seul souhait, ne plus laisser la violence le submerger. Une vie simple au plus près des forêts, en harmonie avec la nature, traquer le sanglier, faire l’amour à Élise, la fille du patron. Mais, chaque jour il envoie des messages à la femme qui l’a quitté. Celle qui le visite dans ses rêves, celle à qui il parle encore quand les nuits sont trop longues. Pourtant quand le père d’Élise se retrouve en possession d’une livraison de cocaïne qui ne lui est pas destinée, le passé d’Asano le rattrape. Cet homme simple et discret n’a désormais plus le choix. Il redevient ce qu’il n’a cessé d’être : un homme de guerre. C’est le prix à payer pour protéger Élise

Un roman noir ancré dans une ruralité brutale, un coin perdu dans les Vosges quoi de mieux pour vivre une conditionnelle en se faisant oublier. Mais c’est sans compter sur l’appat du gain des petits notables de la ville, entrepreneurs croulant sous les dettes, bouffés de tous côtés par l’inexorable avancé du gros entreprenariat, par l’urbanisme ravageur qui se profile entrainant avec lui la délinquance la plus violente et ce n’est pas ce qu’il fallait à Thomas Asano ployant sous la charge de son passé de guerrier, animé toujours par son instinct de chasseur.

Je me suis retrouvé dans le monde cinématographique de Robert ENRICO, tout particulièrement le film « Les Grandes Gueules », ce que les critiques de l’époque qualifiait de « film d’hommes » avec les quelques poncifs du genre comme le code d’honneur et sa trahison, la parole donnée, la rugosité de ces hommes car n’en déplaise aux gauchos-féminos-genrés ou pas, ce cinéma était un style à part entière, on allait voir un film de Robert Enrico pour assister au combat de personnages masculins dans la sueur et le sang au sein d’une société en pleine transformation.

Polar noir et social le livre de Thierry BRUN est un hommage à ce style qui a fait les beaux jours du cinéma et qui continuera à faire les beaux jours de la littérature avec des auteurs aussi talentueux.

LA MEDEE – Benoît CHAVANEAU

La Médée par Chavaneau

… Madame Lucienne remplit son cahier et la Médée s’ébranla.
La péniche franchirait plusieurs centaines d’écluses entre les Flandres et le Canal du Midi et, à chaque fois, de façon rituelle, l’homme cacherait l’enfant. Du moins sur le trajet aller.
Car, au retour, l’enfant ne serait plus là …
Nous sommes dans les années 60.

De nombreuses disparitions d’enfants non élucidées ont lieu dans les Flandres mais aussi en Belgique et au Pays-Bas.
Deux corps sont découverts dans des sacs jetés dans un canal.
Maurice Morge, inspecteur austère et solitaire de la P.J. de Lille, débarque alors dans le petit village de Wailly afin d’y mener des investigations après une enquête malheureusement bâclée par les gendarmes.
Aidé par George Bellamy, un journaliste dandy et fantasque, va-t-il pouvoir retrou­ver l’assassin ?

Une enquête riche en rebondissements commence.
Nous baignons, ici, dans le monde des mariniers, sur les canaux du Nord, de l’Est de la France, de la Belgique et puis il y a Vermeer et la Médée !
Benoît Chavaneau est né à Roubaix en 1958 et d’emblée il s’imprègne de cette terre noire des
Flandres, de ses carillons et de ses canaux brumeux. Très tôt, il conçoit l’écriture comme un ouvrage de den­telle entre silences et mots.
C’est en écoutant « La Chanson de l’éclusier» de Brel, chez une amie, que naît l’idée de « La Médée », une histoire de marinier, d’enfants perdus et de canaux brumeux.

« Dans ce roman, j’étais obsédé par le rythme, par le style, par cette ambiance flamande, mouillée de brume et de pluie froide. Un bon roman, c’est moins une histoire que la manière de la raconter, enfin je crois. »
La Médée est finaliste du Prix du Sablier d’Or du meilleur manuscrit.

Complexe de Médée: (Psychanalyse) Complexe se manifestant chez les femmes/les hommes qui cherchent à punir leur mari/épouse en s’en prenant à leurs enfants
L’appelation trouve ses origines dans le nom du personnage mythologique de Médée, qui selon une version répandue du mythe aurait tué ses enfants par vengeance envers son mari, Jason, qui l’a répudiée en faveur d’une autre femme.

Le sacrifice des enfants est au centre de ce roman, non seulement La Médée charrie son lot de cadavres à travers les canaux mais l’inspecteur Morge, austère personnage sacrifie lui aussi sa vie de famille et son rôle de père pour cette enquête.
La question se pause : la péniche se nourrit-elle des enfants, Vermeer le batelier est-il un ogre dévoreur d’enfants ?
Bien sûr l’atmosphère ambiante nous emmène directement du côté de Simenon, le cadre géographique, la grisaille, les personnages taiseux ou encore extravagant comme le journaliste Bellamy. Mais bien au- delà du roman policier, j’ai lu un roman frôlant le fantastique et flirtant avec Jean RAY, apologie du sacrifice et de l’inexorable conduisant à une rencontre « amoureuse » habitée de non-dits et d’acceptation d’une règle érigée comme un aveu de monstruosité, un lien indéfectible.

Superbe roman noir, magnifiquement écrit par un auteur qui sait plus que quiconque marier les mots et leur donner cette musicalité que l’on retrouve dans d’autres de ses romans.

Cet ouvrage est sélectionné pour le Prix Dora-Suarez 2022.

TRANSACTION – Christian GUILLERME

Transaction par Guillerme

Un site de petites annonces en ligne comme il en existe des dizaines.
L’arnaque de trois amis, noyée parmi des milliers de bonnes affaires.
Un individu dangereux qui sommeille au milieu des acheteurs potentiels.
Quelle était la probabilité qu’ils se croisent ?
Transaction… l’engrenage fatal est enclenché 

On commence le roman par la fin et c’est une stratégie de construction à haut risque, avec un prologue lourd de menaces, nous voilà plongé dans une poursuite anxiogène où la vie perd son sens.
En effet, qu’est-ce qu’une petite arnaque dans le système d’achats et ventes en ligne avec même pas une grosse somme à la clef, refiler du matériel défectueux, une caméra, à un pigeon comme soi-même déjà pigeonner en amont.
Sauf que c’est sans compter sur le fait que le monde n’est pas peuplé que de gogos. Il peut aussi cacher en son sein des individus en rage permanente tels des bêtes sauvages.
Et c’est à l’un d’eux que les trois petits arnaqueurs devront faire face, ou plutôt devant qui ils devront fuir car il est certain que la dette se paiera dans le sang et un maximum de souffrances.

Les chapitres sont très courts, ce qui contribue à accentuer le rythme des événements sans pour autant omettre de s’attarder sur la psychologie de chacun des personnages, leur intimité y compris « l’acheteur » terrifiant à souhait englué dans une solitude impénétrable et un narcissisme surdimensionné.
Autant dire que c’est un livre qu’on lit d’une traite et qui est sacrément bien ficelé.

UN AUTEL RUE DE LA PAIX – Florence RHODES

Un autel rue de la Paix par Rhodes

Pas de congé paternité pour le commandant Hamelin: Au cours d´un été caniculaire, il se lance aux trousses d´un tueur en série qui sévit aux adresses du plateau du jeu de Monopoly. Rue de Vaugirard, boulevard de la Villette, avenue Mozart, le compteur tourne, les cadavres s´empilent, et Abel Hamelin a la sensation oppressante que ce meurtrier, qui conserve toujours quelques cases d´avance, connaît tout de son passé, de ses fêlures et du secret familial qui le ronge. Dès lors, identifier l´assassin avant la rue de la Paix, en évitant lui-même la case prison, devient l´enjeu d´une partie où Hamelin a plus encore à perdre que la liberté, la vie ou la raison.

Nous avions remarqué avec beaucoup d’attention le premier roman de Florence RHODES : La Confrérie des Louves Prix DORA-SUAREZ du Premier roman, c’est donc avec beaucoup d’impatience que j’attendais de lire son nouvel opus et je n’ai pas été déçu.
Hamelin revient avec son équipe pour notre plus grand plaisir, Hamelin avec son intransigeance syntaxique qui le caractérise, ses zones d’ombre et là, peut-être plus encore que dans le précédent roman, ses failles, ses blessures jamais cicatrisées. Sans doute celles-ci apparaissent plus flagrantes car il doit affronter un assassin qui connaît tout de lui, capable d’endosser plusieurs personnalités et dont le seul but est d’atteindre Hamelin au plus profond de sa chair.
Nous assistons à une partie de Monopoly « in vivo » dont chaque étape est une mort assurée, sans pour autant savoir comment l’assassin déplace « son pion ».

Connaissant les références de Florence RHODES parmi les classiques du roman policier je n’ai pu m’empêcher d’épingler ABC MURDER d’Agatha CHRISTIE, roman dans lequel Hercule Poirot affronte un assassin dont le jeu macabre consiste à tuer par ordre alphabétique, laissant derrière lui un indicateur de chemin de fer ouvert à la page de la ville où sera commis son prochain meurtre.

Le récit est parfaitement orchestré, l’intrigue et son dénouement sont surprenants à souhaits, ce qui comble nos espérances. La toute dernière partie très justement intitulé coup de sang achève de nous mettre KO.

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