Pierre, 92 ans, vit en EHPAD. Toujours alerte, respectable et respecté, il poursuit un but secret : venger sa mère morte de faim à l’hôpital psychiatrique de Clermont-de-l’Oise sous l’occupation allemande.
Dans le même temps, l’équipe du commissaire Berthier se voit confier une enquête sur un meurtre étrange. Aucune trace, une arme datant de la Deuxième Guerre mondiale…
Existerait-il un lien entre ces deux drames ?
Une fois encore, Alain Bron parvient à nous entraîner dans un roman policier bouleversant où se côtoient la tragédie et l’humour. Pour notre plus grand plaisir

Un roman tout en rondeur dans lequel les personnages nous entrainent sans que nous soyons à même de résister tant l’atmosphère parfois si douce et parfois si cruelle nous enveloppe à travers un style qui n’a rien de trépidant et qui s’attarde volontiers sur des moments de grâce.
 » Denise resta longtemps sur le fauteuil club…..Pierre soupçonnait qu’une partie de l
ui-même s‘était nichée sur l’épaule de Denise et que rien ne pouvait arriver à la vieille dame…..« 

Une composition à moultes facettes tout comme le sont les différents protagonistes.
Pierre, nonagénaire régnant sans partage sur l’étage « des valides » de l’ EHPAD avec dévouement, dérision aussi et cet acharnement à maintenir en vie ses congénères.
Berthier, commissaire de son état fin limier du 36 en proie au chagrin sentimental qui voit sa vie s’enfuir avec l’âge.

Ces deux là évoluent au centre de leurs satellites gravitationnels dans leur univers propre sans jamais partagé la souffrance qui les ronge.

En toile de fond, l’horreur historique et les meurtres sauvages qui se déroulent au plus près d’eux.

Des milliers de personnes internées en établissements psychiatriques ont péri de la faim et d’absence de soins pendant l’occupation allemande, affamés sciemment sous le prétexte de l’effort de guerre. Ces établissements fournissaient leurs propres denrées équipés qu’ils étaient de structures agricoles où travaillaient gratuitement les « fous ».
J’ai moi-même travaillé de puis la fin des années 70 dans deux grandes structures de Lyon où le passé était encore bien présent.

Le Vinatier et St Jean de DIEU gardaient en leur sein les vestiges de cette époque. La Ferme de Vinatier est devenu un musée de la psychiatrie et un témoignage artistique qui a su mettre en valeur ce que l’on appellera « l’ART BRUT » notamment avec Sylvain FUSCO.

Ce sujet est particulièrement difficile à traiter car il fait s’entremêler la politique de Vichy, la collaboration avec l’occupant ennemi, le désintérêt global de la population pour la souffrance psychique, le marché noir et le mensonge ainsi que le silence. A cette époque on mourrait derrière de hauts murs et pas seulement à LYON.

Un grand merci à Alain BRON.

Sylvain FUSCO fut la première des 15000 victimes de la faim dans les hopitaux psychiatriques français.