chronique Déraison d'état Jean François PréL’homme raisonnable s’adapte au monde, l’homme déraisonnable s’obstine à essayer d’adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable. Georges Bernard Shaw

Quel rapport y a-t-il entre le viol d’une mineure et un énorme scandale politique ?
Pas celui que vous croyez…

Déraison d’État va beaucoup plus loin qu’une simple affaire de mœurs.
Après Double Je et Vingt briques pour un pantin, la nouvelle enquête de Langsamer pousse le héros récurrent de Jean-François Pré dans la tourmente d’une élection présidentielle. Se sentant coupable de n’avoir su prévenir un drame de l’adolescence, l’ex-commissaire vole au secours d’un commandant de la DGSI pour déjouer une sanglante machination.

Mais le neveu du commandant, un jeune journaliste d’investigation en mal de scoops, mène une enquête parallèle…

Sur les traces d’une âme perdue, le commissaire Langsamer se retrouve dans le maelstrom d’une gigantesque machination politique.

 

Toute ressemblance avec des personnalités politiques ou affiliés ne seraient bien sûr que pure coïncidence.

C’est tout le sel de ce roman. En-dehors d’une intrigue rondement ficelée, j’ai éprouvé une jouissance de gosse à coller aux personnages de Jean-François Pré la trombine de nos glorieux politiciens actuels, et je peux vous dire que ça rajoute une jubilation dont on aurait tort de se priver.

D’abord, c’est bon, c’est même très bon, rapide, nerveux, drôle et bien écrit. Eh oui ! Que des compliments !

Je l’ai lu en deux temps par manque de temps, sinon d’une traite ç’aurait pu être encore mieux.
Un regret toutefois, ne pas avoir lu le précédent Vingt briques pour un pantin auquel il est fait de nombreuses références.
Les personnages sont lisibles sans jamais se vautrer dans la caricature. Lisibles, parce qu’on les a croisés dans l’imaginaire du roman noir… Le patron de Presse despote bienveillant et alcoolique, le Rouletabille du scoop, le politicien lubrique, le chef d’État en perdition dans les sondages, l’homme de l’ombre implacable…

On est un peu de retour dans la famille quand on est amateur de roman noir et de films noirs.
De films ? Oui, ce roman est extrêmement visuel et se déroule en linéaire, une construction idéale pour un téléfilm de qualité.

Humour, magouilles politiciennes, rythme soutenu. Ce roman est à ranger entre ceux de Jacques Morize et d’André Blanc.

Pour finir, dans ma jubilation trombinoscopique j’ai prêté au commissaire Langsamer l’identité physique de Mallock.

Ludovic Francioli

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